ENTRETIEN AVEC BABOR LELEFAN

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Au milieu de sa tournée d’avant-première à travers la France, Clément Bérut aka Babor Lelefan a accepté de venir discuter de création internet, de satire politique et de cinéma indépendant pendant quasiment une heure. Nous avons été accueillis avec toujours autant de plaisir à l’UFO, non loin de la salle du Lumière Terreaux qui diffuse Irréalisable le soir même. Clément, avant de devenir réalisateur est principalement connu pour ses vidéos Youtube à l’humour absurde, c’est sur ce sujet que commence notre conversation…

Jolan – Ça va faire une vingtaine d’années que tu crées sur internet (parodie, fiction comique, série animée, blog, etc.). Tu as une vraie passion pour le domaine de l’humour et de la fiction.

Clément / Babor – Et encore tu te bases sur ma première vidéo Youtube mais j’avais commencé avant, quand ça n’existait même pas. A l’époque où tu t’abonnais chez Free ou Orange, tu avais un serveur de 100 méga par personne où je mettais mes vidéos et les gens pouvaient les télécharger via un skyblog. Pour stocker mes vidéos, je taxais mes potes autour en mettant dans des fichiers ZIP les saisons de mes dessins animés.

J – Et est-ce qu’il y a quelque chose qui t’a poussé à créer et à te lancer sur internet ? Tu avais peut-être des inspirations qui t’ont donné cette envie ?

C – J’ai fait des petits sketches à l’époque avec des copains, je pense qu’on s’inspirait des Inconnus. J’ai perdu les vidéos faites au collège mais j’ai fait pas mal de sketches à ce moment-là. Ce qui m’a surtout plu c’est d’avoir un ordinateur, du moment où j’en ai eu un j’ai découvert les premiers logiciels Paint et Windows Movie Maker où je pouvais animer de manière sommaire. Ça m’a donné le goût du montage et m’a fait découvrir cet outil incroyable et illimité en termes de potentiel. C’est là où j’ai fait mes premiers dessins animés, avec mon cousin on a commencé à faire ça de façon industrielle. Aujourd’hui on en rigolerait mais l’air de rien on faisait des dessins animés d’environ 20 minutes. Quand Youtube est arrivé, les caméras numériques étaient à des prix plus accessibles, c’est vers 18 ans que j’ai commencé à faire des parodies (par exemple celle sur Prison Break). J’ai commencé les vidéos vers 15 ans mais c’est une fois mon arrivée à Lyon après le Bac que je me suis lancé sur ce type de vidéos.

J – Tes premières créations ont commencé à plusieurs, souvent en famille donc ?

C – Je préfère le travail de groupe. Je dis ça, ma carrière je l’ai faite quasiment tout seul mais je ne suis pas contre, ça me manque d’ailleurs. J’ai affiné mon style avec les années et je me rends compte que je suis le seul à pouvoir écrire pour moi-même. Autant je peux écrire pour d’autres, mais quand on écrit pour moi, c’est toujours un peu à côté. Je ne dis pas que mon style est unique mais j’ai du mal à m’entourer. J’ai des gens qui me font rire pour qui je ne pourrais pas écrire et inversement. Celle qui me comprend le mieux c’est sûrement ma copine, Camille [Fievez] je ne sais pas qui déteint sur qui mais on est raccord, on a plutôt le même humour. J’aimerais bien faire des projets plus collectifs à l’avenir.

J – Ça se voit sur ta chaîne Youtube où tu passes par différentes phases, collectives ou solitaires. Notamment durant ta grosse période d’enquêtes (et du procès David Michigan) où tu as sorti une fiction de 40 minutes tournée dans un château avec tes amis et ta famille. On sent ta liberté créative dans ta façon de faire.

C – Oui je me l’autorise, je veux surtout pas être enfermé dans un truc. Je sais que les fictions ou les autres formats amènent moins de monde ou suscitent du désabonnement par rapport aux enquêtes. J’ai pas vocation à faire que ça, je me force presque à faire d’autres contenus. J’ai pas souvent des sujets d’enquêtes, le plus dur c’est pas d’en faire mais de trouver un bon sujet. Je mets un point d’honneur à varier les contenus sur ma chaîne, le dénominateur commun reste la petite pointe d’humour que j’essaye de mettre à chaque fois. La difficulté de trouver un sujet c’est de trouver un axe parodique ou marrant pour avoir un moyen de se moquer gentiment.

J – On retrouve ça dans tout ce que tu fais sur ta chaîne. Au début, c’était récurrent de retrouver des parodies. Il y avait aussi un focus particulier sur les placements de produits, notamment FYYGames mais aussi Feed ou encore Pulco X You.

C – FFYGames c’est peut-être le seul qui s’apparente à un vrai placement de produit dans le sens où ils m’ont vraiment envoyé des trucs. Les autres, j’ai toujours été un peu moqueur de cet écosystème dont j’ai parfois bénéficié, j’ai fait des placements pour des VPN donc je crache pas dans la soupe, ça fait des sous et je comprends les gens qui font ça. C’est vrai que le Fanta X You à l’époque, je trouvais ça assez ridicule. C’était du troll gentil mais Feed je voulais me foutre de la gueule de son PDG qui s’appelle Anthony Bourbon. Je le trouve absolument ridicule, encore aujourd’hui, il est multimillionnaire et il m’a bloqué sur toutes les plateformes. Il y a des figures médiatiques comme ça, qui se prennent très au sérieux et moi ça m’insupporte autant que ça me fait rire.

J – C’est un fil rouge de tes vidéos.

C – C’est typiquement le type de personne qui me débecte dans le monde dans lequel on vit et c’est représentatif du “je donne des leçons, je rappelle toutes les 5 secondes que j’ai grandi dans la rue” et à la limite tant mieux pour toi mais sois humble. Fais ton business et joue là low profile, je le trouve imbu de lui-même à un point, c’est un robot. Je me demande s’il est heureux dans sa vie car son mode de vie a l’air triste à pleurer. J’ai plus de nouvelles vu qu’il m’a bloqué et Feed, on n’en entend plus parler. C’est des personnalités dont j’aime bien me moquer, ça reste gentil même s’il doit me haïr. Pour moi c’est la rançon quand tu donnes des leçons de morale sur tous les plateaux TV : j’ai le droit de me moquer de toi.

J – Ce que tu fais s’approche de la farce ou de la satire, c’est donc quelque chose d’acceptable en société.

C – Globalement, les gens qui se prennent au sérieux ça me fait rire. Si t’es un politicien, vaut mieux te prendre au sérieux et je préfère ça mais dans les sphères médiatiques… même les humoristes se prennent au sérieux, ça me rend fou. Ton métier c’est de ne pas te prendre au sérieux !

J – Je trouve qu’il y a un lien entre cette façon de reprendre les codes publicitaires et tes reels Instagram & TikTok où tu parodies, encore des personnes se prenant au sérieux, mais dans le côté politique en jouant des militants d’extrême-droite par exemple.

C – J’aime bien passer pour le gros con. C’est mon fil rouge, peu importe où je me situe. Je me suis peut-être plus politisé récemment, ce qui se passe actuellement c’est grave. Avant, il y avait une zone neutre, c’était normal de se foutre de la gueule de l’extrême-droite. Sur twitter je me moquais de Marine Le Pen, tout le monde s’en foutait, au contraire c’était même valorisé. Aujourd’hui tu te mets à dos une partie de la population, tu te fais traiter de “sale gauchiasse”. Maintenant qu’il y a deux camps c’est polarisé et moi je vois le ridicule principalement dans l’autre camp. À gauche aussi il y a des choses risibles, toujours est-il que je ne me reconnais et ne me reconnaîtrais jamais dans l’extrême-droite. Je ne juge pas de quel bord politique vous êtes mais c’est pas ma came.

J – Je crois que c’est plutôt clair dans notre média (rire)

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C – Je ne sais pas si c’est moi qui ai évolué ou l’espace public qui est saturé avec les médias et CNews qui prend une part de plus en plus importante. J’éprouve le besoin de m’en moquer parce que c’est ce qui flotte dans l’air et dans mes algorithmes mais je ne me considère pas comme militant. J’essaye toujours de trouver l’axe un peu malin pour m’en moquer et montrer la contradiction du truc. J’aime bien dire “je suis d’extrême-droite” et sortir des vannes, j’avais sorti une vidéo comme ça qui s’est faite censurée.

J – La vidéo “5 raisons de ne pas voter Bardella” ?

C – Oui, j’ai pas toujours des idées comme ça mais si je pouvais toujours avoir ce ton là quand je parle de ce genre de sujet ce serait parfait. L’inspiration ça fluctue. Je suis content que tu m’en parles parce qu’elle est représentative de ce que j’aime faire. Il y a un gars sur Youtube, un newseur d’extrême-droite qui s’appelle Kroc Blanc qui avait dit “ce gauchiste s’en prend violemment au RN dans une vidéo parodique”. J’étais quand même content parce que dans les commentaires, malgré sa base de gros gogols à mon sens, il y a des gens qui me défendaient. Je suis plus dans une zone floue, les gens ont envie de bien m’aimer quand même parce que je dénonce les charlatans mais maintenant c’est tellement polarisé que ces gens-là ne m’aiment pas. Quand ils voient que je me politise un poil, je sens la tension monter. Même au début quand je disais que j’allais faire mon petit barrage républicain, il y a des gens qui étaient déçus de moi pensant qu’avec mon humour noir je serais de ce bord là alors que non. J’aime bien cette vidéo, elle est revenue au bout de 5 mois après des démarches avec Instagram où j’ai expliqué que je voulais me faire passer pour pire que les personnes que je dénonce. Je suis heureux d’avoir eu gain de cause, on peut plus me la supprimer maintenant.

J – Je suis très heureux de cette nouvelle ! Pour finir sur cet aspect de ta chaîne, les enquêtes restent une partie importante de ton contenu où tu t’attardes sur les sphères complotistes et des influenceurs. Qu’est-ce qui t’intéresse dans ces sujets, quitte à t’investir toi-même ? J’ai d’ailleurs l’impression de voir une évolution à partir de l’affaire David Michigan où tu amènes davantage de morale et de fond critique, notamment dans ta dernière vidéo.

C – Elle était moins drôle. Je pense que l’affaire Michigan m’a fait prendre conscience que je pouvais me prendre un procès. T’écris plus de la même manière même si ça reste drôle parce que c’est ce que j’aime faire. Par contre celle du Dioxyde de Chlore je me suis lancé dans un sujet que je trouve intéressant, je pensais trouver plus de fun mais ça reste assez terrifiant. Je suis content de l’avoir sortie même si en l’écrivant je me suis rendu compte que le sujet était pesant. Sur les autres, dont les Star Seed, je m’en suis pas trop mal sortie pour que ce soit marrant. J’ai été confronté à ma tante à Limoges dans cette vidéo qui m’a fait comprendre que ça pouvait arriver partout, tout le temps. Je savais qu’elle avait des croyances mais je ne pensais pas la croiser là. Globalement, je pense que c’est un mélange entre les sujets que je traite et l’âge, je dis pas qu’on est moins drôle en vieillissant, par contre ça reste le quotidien de personnes et de leurs entourages donc sans moraliser j’aime laisser un message sincère à la fin. On peut faire de l’humour, se moquer des gens, mais je reste un être humain qui défend des causes et fait de la sensibilisation. Ce qui est ressorti de l’affaire Michigan, c’est que beaucoup de gens m’ont remercié et dit que je les avais aidés. Je me suis dit qu’au-delà de la blague, le meilleur moyen de sensibiliser c’est avec un ton léger. Derrière leurs contenus, il y a toujours une logique financière…

J – Ça me fait penser aux influenceurs et aux masculinistes dont tu parles dans tes vidéos. Ce sont aussi des plans financiers avec des figures qui se prennent trop au sérieux.

C – Les masculinistes sont des machines à cash. C’est un serpent qui se mord la queue, imagine tout le monde suit leur précepte : pourquoi quand t’es le meilleur, tu voudrais que tout le monde soit le meilleur ? Dans la logique du mâle alpha, il y en a qu’un, c’est complétement con donc c’est juste pour l’argent. Faut être bête pour ne pas s’en rendre compte, surtout maintenant que c’est un peu éculé. L’outil que j’ai c’est mon ironie et mon humour pour apprendre des choses aux gens. J’ai moins de sujets en ce moment, ça me rend triste car j’aimerais continuer cet aspect de ma chaîne. Il me faut des sujets et du temps mais en ce moment j’en manque cruellement.

J – C’est compréhensible vu la tournée de ton film. D’ailleurs, en 2017 tu as sorti ton premier film, Irregardable, mais avant cela tu travaillais déjà dans le cinéma puisque de 2010 à 2015 tu était dans des boîtes de distributions cinématographiques. Qu’est-ce qui a fait que, même si tu connaissais le fonctionnement de l’industrie, tu as voulu faire des films fauchés avec tes amis et ta famille ?

C – Je pense qu’il y a deux choses. C’est pas pareil de travailler en distribution et de faire un film. J’ai fait Irregardable en ne pensant pas que ce serait un long-métrage, c’était pour la blague. J’avais pas écrit le scénario de bout en bout, on tournait les week-end pendant un an. Au bout d’un moment, ça a fait une heure et ça me faisait rire de dire que c’était mon premier long-métrage. C’est pas très abouti mais ça prouvait que je pouvais écrire un scénario à peu près cohérent d’une heure. Le deuxième, Impionçable, je crois que c’était de l’auto-censure mais je me suis dit que personne voudrait financer une merde pareil. Je ne me suis pas posé la question ou dit que ce serait possible, je voulais aller vite. C’est seulement maintenant avec la sortie d’Irréalisable que je pense savoir écrire des films, peu importe ce qu’on en pense car j’ai sorti un vrai objet. Les deux précédents m’ont permis de prendre conscience que j’avais les capacités. Impionçable je l’adore même si c’est fait à l’arrache puis il y a des gens qui m’ont fait confiance pour tourner dedans.

J – C’est vrai, il y a un plus gros casting, notamment Pauline Clément de la Comédie Française.

C – Ça fait un peu développement personnel de merde mais j’avais des verrous psychologique et avoir fait ses deux premiers projets m’ont fait dire : “ tu sais t’entourer et écrire un scénario, le prochain t’essayes de le faire mieux”. Sur Impioncable, Lucas Pastor était venu avec un de ses amis, Xavier Cordonnier, qui est chef opérateur et a aidé pour certaines scènes. Ça m’a fait du bien d’avoir quelqu’un qui gère l’image et le son, d’avoir une vraie équipe. J’aime pas demander des services gratuits, je voulais rémunérer les gens un minimum. Quand tu payes les gens, même si ce n’est pas beaucoup, ils sont impliqués et ils savent pourquoi ils le font. Heureusement, l’humour est resté assez constant au fil de mes projets.

J – Sur ton dernier film, Irréalisable, d’où t’es venu l’idée qui a lancé le projet et en a fait ton “vrai premier film pour le cinéma” ?

C – J’ai un petit complexe, je vois plein de gens qui arrivent à trouver leur truc dans la vie et percer avec ça. Là où moi j’expérimente plein de choses, les gens aiment ça mais j’ai l’impression de ne pas avoir un domaine de génie. Le truc que je préfère faire c’est écrire des scénarios. J’approche de la quarantaine, à un moment faut que je progresse, je me suis dit qu’il fallait que je fasse un “vrai film” avant. Malgré le budget, ça reste assez fauché mais je me suis dit que j’avais de la chance d’avoir une communauté qui me suit dont le projet va les intéresser. J’ai levé 40 000 euros. Je savais que je voulais progresser donc je vois ce film comme une carte de visite pour la suite. Le prochain, j’essaierai de m’entourer au niveau de la production pour qu’il soit mieux produit parce que gérer tout seul c’était compliqué, ça m’a appris plein de choses. Je sais plus forcément d’où l’idée partait, je voulais un huis clos avec une ambiance d’hôtel ou de gîte, j’adore ce type d’ambiance à la Shining. C’est venu petit à petit, je voulais des gens qui viennent chacun avec un objectif avec un personnage qui ait un méta-objectif venant parasiter les autres. C’est comme ça que j’ai eu l’idée de parler de snuff movie.

J – Il y a un jeu de Cluedo entre les personnages.

C – Oui mais on se doute vite de qui est le méchant, c’est pas un film à suspense.

J – C’est presque la blague du film.

C – C’est ça, par contre je voulais qu’on se demande comment ça va se finir. Dans les retours que j’ai, les gens trouvent ça réussi. Je voulais qu’il y ait une fin satisfaisante pour le spectateur. C’est comme ça que j’ai orienté mon scénario.

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J – Sur le casting, est-ce que tu écris les rôles en fonction des interprètes ? D’ailleurs, tu ramènes de nouvelles têtes.

C – La plupart sont des gens que je connaissais, il y a seulement Daphné [Huynh] que j’ai découvert sur Tiktok, elle m’avait fait rire et avait un côté femme fatale que j’aimais bien. Sur l’écriture, je ne pensais pas forcément à mon casting même si j’avais quelques idées. Ça s’est écrit progressivement mais une fois que mon casting s’est confirmé, j’ai réécris selon les personnes qui les joueraient pour que ça colle davantage à qui ils sont. Il me fallait des gens de confiance car ça allait être mal payé, des gens qui aiment cet humour un peu débile. Ils ont tous lu le scénario avant d’accepter. Je suis rentré ensuite dans la phase stressante de trouver deux semaines où ils étaient disponibles. La seule personne où j’étais pas sûr c’était le rôle de Monica donc je suis allé chercher Daphné, c’était un pari car je la connaissais pas, on s’est rencontrés sur Paris mais le courant est passé et elle s’est très bien intégrée.

J – Elle est vraiment super dans le film, le rôle lui va bien.

C – C’était un bonheur de bosser avec, elle est hyper pro, elle connaissait ses lignes par coeur. C’est elle qui avait le mieux bossé, c’était la plus scolaire mais c’était très agréable. Gros respect, bosser avec Daphné m’a fait très plaisir.

J – Donnez lui plus de rôles !

C – Voila, donnez lui des rôles !

J – Dans le film on a aussi des collaborateurs et collaboratrices de longues dates : Camille Fievez, Lucas Pastor, Kemar, Augustin Shackelpopoulos et aussi Jenny Letellier. J’ai l’impression que vous avez une sensibilité commune dans votre humour, avec un attrait pour l’absurde et l’humour noir. Est-ce que vous avez l’impression d’inventer quelque chose ensemble ou de faire des choses différentes ?

C – Je suis d’accord, on a des points communs. Je trouve qu’on défend le même humour, j’aimerais en voir plus comme ça.

J – C’est assez spécifique comme style.

C – Tu vois s’il pouvait y avoir 15 chaînes comme DAVA j’aimerais mais il y en a pas assez. Quand Camille faisait Glamouz à l’époque, je trouvais que c’était un truc assez unique, ça manque. C’est comme ça que je l’ai rencontré, je me suis dit “elle est trop cool cette meuf” ! Même Jenny elle a son humour avec Le Monde à l’envers, c’est un peu différent mais ça reste de la parodie, c’est plus grand public mais elle est trop drôle, c’est très fort. Pastor il a un humour absurde que j’adore qui peut être un peu noir, Stéphane c’est très étrange. Mon film c’était le prétexte pour réunir tous ces humours, ça rend le projet plus niche mais j’aime me dire que pour les gens qui aiment ce style comique, il y a tout le monde.

J – C’est le Avengers de ce type d’humour.

C – C’est ça et je me dit que c’est agréable d’en être l’architecte. Pour moi c’était une évidence de bosser avec eux. J’espère qu’on refera d’autres projets ensemble, que ce soit moi à l’initiative ou les autres. Parce que je cherche d’autres personnes en France qui ont cet humour, je trouve que ça manque. Si on pouvait créer un nouveau Splendid avec ces gens-la, je ne sais pas si on aura le temps mais en tout cas j’ai qu’une hâte c’est de pouvoir faire un autre film avec cette clique. C’est des têtes qu’on reverra dans mes futurs projets.

J – Ça fait plaisir d’entendre ça, d’ailleurs un des éléments communs à votre humour c’est celui de créer des personnages. Souvent ancrés dans quelque chose de réel, en prenant des archétypes qu’on connaît dans la vie pour en faire des personnages uniques. DAVA c’est complètement ça, quand Augustin fait un personnage de politicien il ne caricature personne de précis et pourtant on reconnaît un mélange de personnalités existantes.

C – C’est vrai, j’essaye de faire des personnages très caractérisés, par exemple Dorian le fan de NFT, il en parle beaucoup mais c’est pas non plus un “techbro”. J’ai essayé de doser, je voulais pas que ce soit trop lourd ou potache. Le fan de banque est fan de banque mais il a d’autres choses à défendre avec son intrigue amoureuse par exemple. Personne n’a qu’une seule teinte. Ça reste un “vrai” premier film et une comédie, on peut s’approcher de ce genre de personnages et de caricatures. Je pense pas être un scénariste d’une grande finesse mais partir des archétypes ça aide, notamment pour les blagues. Tous les personnages ont un but et je voulais des prétextes de vannes en faisant en sorte que ce soit naturel. Les gens ont leurs personnages préférés de séance en séance.

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J – J’ai l’impression, avec ton style d’humour détournant l’horreur du réel, que tu te moques des médias (par l’intermédiaire des parodies de plateaux TV) et les élites cinématographiques françaises (les références à Cannes et Besson). Est-ce que cette poursuite de ta démarche comique sur internet est consciente dans l’élaboration de ton film ou cela s’est fait naturellement ?

C – C’était plutôt naturel, les JT c’est efficace quand tu es fauché et que tu veux faire passer plein d’informations d’un coup. J’aime bien les films où tu as toutes les clés dès le début. Quand j’ai eu besoin de faire un JT, naturellement j’ai eu envie d’aller vers un truc à la CNews parce que c’est drôle et facilement parodiable. Même Cannes ça rentrait parfaitement dans mon récit mais je ne cherchais pas forcément à m’en moquer. J’avais besoin qu’il y ait un enjeu, ici c’est d’aller gagner un prix. Il n’y avait pas de volonté de dénoncer un système mortifère de divertissement à tout prix. C’était surtout le sujet du snuff movie qui m’intéressait et en tirant le fil j’en suis arrivé là. Peut-être que des personnes vont dire que ça dénonce l’industrie du cinéma mais ce n’est pas l’intention initiale.

J – Ça te dérange si on voit ça dans ton film ?

C – Pas du tout, c’est comme un tableau, chacun y voit ce qu’il veut. Je trouve ça toujours intéressant d’avoir le point de vue de quelqu’un sur une œuvre. Tu vois du CNews mais le présentateur ne dit rien de spécial alors que dans mon script il disait des choses horribles. J’ai coupé au montage pour des raisons d’efficacité mais à la base c’était plus explicite. Je voulais surtout traiter le snuff movie par le biais de la comédie, je trouvais ça original.

J – Merci beaucoup pour tes réponses, c’était un plaisir mais avant de nous quitter je te pose notre traditionnelle question : est-ce que tu aurais une recommandation artistique ? Peu importe si c’est récent ou non, du cinéma, de la musique, un livre ou autre.

C – Je recommande Widow’s Bay, c’est une série qui vient de sortir. C’est un avis uniquement sur le pilote mais j’ai trouvé ça super. C’est sur Apple TV, ça se passe sur un île coupée du monde où il y a une brume étrange. On sent qu’il va y avoir des mystères à la Lost, j’ai hâte de voir la suite car j’adore l’ambiance. Ce n’est pas une comédie mais il y a des personnages un peu comique. Ça me manque les bonnes séries car on est abreuvé de merdes Netflix faites pour être consommées avec un deuxième écran. C’est rare les séries où il y a de la lenteur, pas que ce soit lent, il y a un bon rythme mais j’aime ce genre de série avec une ambiance qui prennent leur temps. Tu sens le genre de séries à la HBO, etc., d’ailleurs la dernière série qui m’a passionné c’est House of the Dragons et Knight of Seven Kingdoms. C’est surtout l’écriture qui est cool, j’ai entendu une interview d’un gars qui disait qu’avec les réseaux sociaux le vocabulaire se réduit drastiquement et qu’il n’y a que trois termes pour dire que c’est bien : chouette, cool et super et je viens de dire “c’est cool”.

J – Alors qu’il y a banger et masterclass !

C – Voilà ! Et c’est du poulet cette série, la langue se réinvente (rire). En tout cas, Widows Bay est hyper prometteur. J’ai vu pas mal de pilotes de séries où je m’endors devant alors que j’ai qu’une hâte, continuer cette série en rentrant chez moi.

J – Eh bien merci beaucoup !

C – Merci à vous Charabia et longue vie à votre média !

Interview et retranscription menée par Jolan Fayol.

Remerciements à l’UFO pour le lieu et l’accueil, Dorian Loquin pour les photos et Evann Chantrel pour la relecture et l’aide en général. 

Dernières séances d’Irréalisable :

  • MER 23 SEPTEMBRE  – Cinéma Ti Hanok (Auray)

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