EDITO – POLITICS HERE

Naissance & constat d’une revue en devenir

Après le match de football opposant le Mali à Israël aux Jeux Olympiques de Paris en 2024, un jeune homme est interviewé pour parler de l’affrontement sportif. Derrière, un homme plus vieux le prend à parti alors qu’il discutait tranquillement du match. Le vieil homme répète comme un robot détraqué la même phrase en boucle : “No Politics Here !” (“Pas de politique ici !”). Une phrase récurrente sur les réseaux sociaux lorsqu’un événement, sportif ou artistique, est bousculé par l’actualité. Ici, la présence honteuse d’Israël, qui au même moment, massacre une population entière empêchant (même d’un point de vue matériel) l’accès aux palestinien.ne.s à cette compétition.

Là où l’action du vieil homme semble absurde, elle semble logique pour un supporter, non d’une équipe sportive, mais d’un état génocidaire. Il faut interdire ce qui dérange, ne laisser aucun espace à “l’adversaire”. Ici, invisibiliser revient à anéantir tout un peuple. Par peur ou précaution d’un happening politique, l’homme vocifère pour empêcher, de son point de vue, un désastre.

La puissance comique et subversive de la séquence est qu’en voulant à tout prix empêcher la politique de s’inviter dans l’arène sportive, c’est par ce biais qu’elle s’y fracasse de plein fouet. Alors que le jeune homme garde son calme et continue de parler de sport, notant même que l’équipe israélienne s’est débrouillée sur le terrain, la politique s’expose au grand jour. Le jeune homme entonne avec entrain plusieurs “Free Palestine” avant de souffler la mélodie dans sa vuvuzela, faisant enrager le supporter. A force de vouloir empêcher les sujets politiques, ils surgissent par la farce.

ART OU POLITIQUE ?

À l’instar de commentaires s’infiltrant jusque dans les salles de spectacles, certaines personnes ne veulent pas de l’expression politique. C’est dans ce contexte que des festivals affichant leur volonté politique tel que l’Antifa Fest à Lyon n’ont plus de subventions suite à une polémique créée par l’extrême-droite. Allant jusqu’à être menacée par la préfecture, précisément pour son ambition antifasciste (depuis la région a été condamnée à verser ses fameuses subventions). Et ce n’est pas un détail, ni un épiphénomène, cela se voit partout, ne touchant plus simplement des dirigeants politiques fascistes mais ceux dits « acceptables » de la droite « républicaine et du centre-droit » comme notre très cher Laurent Wauquiez. Maître en la matière pour offrir des dîners luxueux à ses amis mais beaucoup moins lorsqu’il faut donner de quoi faire vivre les communautés d’artistes de sa région.

Alors tout va bien puisque cela ne touche que des vulgaires saltimbanques radicalisés… ça ne toucherait quand même pas des humoristes connus tels que Guillaume Meurice pour une blague sur France Inter ou un corps de métier entier tel le cinéma, dont les travailleurs et travailleuses s’inquiéterait d’une mainmise d’un patron d’extrême-droite. Cela ne pourrait jamais arriver non ? Car l’art n’a rien de politique, tout le monde le sait.

Auparavant le sport, maintenant l’art. Dans les deux cas, la politique ne fait pas bon ménage. Nous devrions faire les autruches, ne rien dire, continuer sans argent ni ambition. Pourtant, la politique s’invite sans le demander dans nos quotidiens, nos façons de vivre, de s’habiller, de manger. Elle semble inévitable. De ce point de vue, le débat du “est-ce que tout est politique ?” ne cessera jamais de se poursuivre et de questionner, jusqu’au festival de Cannes cette année, véritable point de convergence tantôt pour prendre position (voir la polémique sur la pétition contre Bolloré) ou pour faire preuve de lâcheté (voir les réponses de Gilles Lellouche et Laszlo Nemez à la conférence de presse de Moulin).

UN CAP CLAIR…

Ainsi, notre revue se doit de placer la politique au centre car l’art en est indissociable, tout autant que la philosophie. Ce sont les trois pôles formant la réflexion au sein du projet Charabia. Notre ambition est aussi limpide que complexe : prendre l’art comme manière d’exprimer une vision sur le monde et de ce constat, l’analyser, la réfléchir à l’aune de l’actualité. Puiser dans la pensée pour comprendre les formes, ce qui régit le geste esthétique de celui politique et philosophique.

Dans un quotidien qui nous expose constamment à des flots d’images, de mots, de paroles obscurcissant nos pensées. Charabia vient embrasser ce chaos pour le recomposer en décortiquant ses productions artistiques. De la confusion, la perte de contrôle, tenter de réfléchir avec le passé, un condensé de réflexions personnelles à partir d’œuvres, ouvrant in fine sur le monde. L’art étant un reflet de nos conditions sociales et comment celles-ci se réfractent sur nous.

Cette introduction évoquant le génocide du peuple palestinien et sa médiatisation est logique pour notre revue. Ce n’est pas directement d’art dont on parle ici mais de liberté de pensée et d’expression, réprimandée de façon si absurde qu’elle est un symbole de toutes les fois où l’art et la politique ont été et sont encore attaqués. Charabia sera donc un lieu protéiforme de résistance, que cela soit à travers nos réseaux sociaux ou par son format papier, la politique s’invitera régulièrement dans le débat d’idées. Une variété de genres artistiques sera évoquée, du cinéma et ses différentes configurations, à la musique, la littérature jusqu’au théâtre.

Charabia sera mouvant comme nos idées, en suivant au fil du temps, les transformations et métamorphoses des pratiques artistiques. Il est ainsi capital de mettre en avant, pas seulement nos avis et analyses, mais d’inviter la parole des artistes dans notre revue, que ce soit par leur art ou plus directement par le biais d’entretiens. Charabia n’est pas là pour une élite mais pour attiser la curiosité, donner envie de réfléchir, rester actif face aux choses artistiques. Nous sommes et resterons ouverts à toutes et tous qui ont l’ambition de réfléchir par le biais de l’art.

Bienvenue dans Charabia !

PS : vous pouvez d’ores et déjà retrouver sur ce site des entretiens avec des artistes ouvrant sur des visions diverses de la création et de ce que cela implique (du cinéma, à la bande dessinée jusqu’à la création internet) ainsi que prochainement nos premiers articles critiques. Et toujours, au centre : des questionnements sociaux, philosophiques et politiques sur le processus artistique.

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